20 juin 2006
Coluche

C’est l’histoire d’un mec qui n’avait pas sa langue dans sa poche. C’est l’histoire d’un mec qui ne se laissait impressionner par personne. C’est l’histoire d’un mec qui se servait de son humour comme d’une arme dévastatrice et n’épargnait personne. C’est l’histoire d’un mec dont la vie s’est achevée brutalement il y a vingt ans déjà.
Depuis les humoristes se sont succédés mais aucun n’est jamais parvenu ne serait-ce qu’à sa cheville pour malmener les hauts de ce monde et les secouer jusqu’à faire tomber des perles de rire. En ces temps où le politiquement correcte est de mise, où l’on n’ose plus s’exprimer sur quoi que ce soit de peur de choquer, et où le milieu politique offre plus que jamais des raisons d’être décrié, l’audace et l’ingéniosité satirique de Coluche serait une bouffée d’oxygène. Seulement le grand petit homme n’est plus, victime d’un accident de moto qui a souvent prêté à polémique, et le vide s’en ressent.
Ayant grandi dans la banlieue sud de Paris, avec pour tout diplôme le certificat d’études, Coluche se forge en autodidacte à la force des zygomatiques d’un public qu’il conquit de plus en plus, et devient rapidement inévitable. Son nez rouge et sa salopette bleue sont restés depuis gravés dans les mémoires du public. Mais c’est pourtant un rôle et une apparence à mille lieux du clown binoclard, qui va lui valoir la consécration et restera dans l’esprit des cinéphiles. Celui de Lambert, pompiste alcoolique et taciturne dans Tchao Pantin, le merveilleux film noir de Claude Berri adapté du roman éponyme d’Alain page. Alors que Coluche remonte d’une difficile période portée sur l’alcool et les excès, ce rôle dévoile à la fois tout le talent et le cœur de Coluche, qui parvient à toucher même derrière ce personnage rustre d’apparences peu sympathiques, et qui lui vaudra fort justement le César du meilleur acteur.
Cette bonté de cœur voilée dans le film, il la laissera exploser au grand jour en créant Les restaurants du cœur, œuvre caritative visant à aider les plus démunis en leur apportant ce qui semble être la moindre des choses : de quoi se nourrir. Car malgré son succès Coluche n’a jamais oublié d’où il venait. Il n’a pas oublié que le « Quand j'étais petit à la maison, le plus dur c'était la fin du mois. Surtout les trente derniers jours » qu’il déclame sur scène, reste une réalité pour des millions de personnes. Et c’est en cela que Coluche était un Grand Homme. Car il a mêlé l’action à la parole. Il a su ne pas se cantonner à la satire et la critique en proposant sa propre solution à un des plus grands maux : la pauvreté.
Il exista, existe et existera peu d’homme de cette qualité. Il est donc légitime que le souvenir de Coluche soit aussi vivant encore aujourd’hui. A la question : « Comment aimerait-il mourir ? », Coluche avait répondu « Pas du tout… ». Je pense que l’on peut dire qu’il est parvenu, enfoiré !
Guillaume


